« J’ai choisie cette oeuvre pour la vente au profit du Secours Populaire car elle évoque l’idée d’un refuge » Pierre-Lin Renié

A l’occasion de la vente aux enchères au profit du Secours Populaire Gironde qui se déroule le dimanche 26 novembre 2017 à la Grande Poste à Bordeaux sous le marteau de Millon, nous sommes allés à la rencontre de l’artiste Pierre-Lin Renié.

 

Maylis Doucet : Vous avez commencé à Arles je crois. Que s’est-il passé par la suite ? 

Pierre-Lin Renié : J’ai étudié à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles de 1986 à 1989, et j’ai arrêté la photo peu après. Je travaillais au Musée Goupil de Bordeaux, où j’ai fait de nombreuses recherches, expositions et publications sur les images publiées au XIXe siècle. Cette question de la production industrielle des images m’intéresse toujours beaucoup. Aujourd’hui, j’enseigne à l’École des Beaux-arts de Bordeaux.

Depuis quand avez-vous repris la photo ?

J’ai refait de la photographie à partir de 2004, de manière fortuite, alors que je partais en résidence de recherche pendant six mois au Metropolitan Museum of Art à New York. C’est à cette période-là que j’ai découvert les appareils numériques, qui m’apportaient une certaine légèreté dans le travail, alors que la lourdeur de la pratique argentique ne me convenait plus. J’ai accumulé les prises de vue, et le travail s’est construit peu à peu.

 

Pourriez-vous nous parler de l’image que vous présentez pour l’Enchère Pop ?

Elle est prise dans un café à New York. Une image frontale, nette et descriptive, comme je les fais toujours. Je l’ai choisie pour cette vente au profit du Secours Populaire car elle évoque l’idée d’un refuge, avec cette forte averse que l’on aperçoit au dehors, à travers les vitres. C’est une édition à douze exemplaires dans ce format, encadrée. Mais comme toutes les photographies que je fais, elle peut apparaître sous plusieurs formes : tirages encadrés, donc, mais aussi impressions sur une variété de support (pvc, vinyle adhésif, tissu…), édition papier ou numérique.

Je crois que vous utilisez beaucoup Instagram ces derniers temps. Pouvez-vous me parler de ce projet ?

Je fais de plus en plus de photos avec mon téléphone. Instagram est apparu comme un canal de diffusion « naturel » pour ces images. Je les poste en suivant des règles simples : une ou deux par jour, à l’heure des repas. Elles ne sont jamais prises le jour même. Il y a toujours du retard. Elles s’enchainent de façon plus ou moins évidente, l’une en appelant une autre. C’est un peu comme un jeu de dominos ou de « marabout, bout de ficelle ». Le plus souvent, je décide au dernier moment laquelle je vais publier, en passant rapidement en revue les photos stockées sur mon téléphone. C’est aussi une histoire de vitesse : travailler plus rapidement que d’habitude.

 

Est-ce que vous travaillez toujours avec des contraintes ?

J’essaye d’avoir une grande liberté dans les prises de vue ; les contraintes que je fixe permettent ensuite d’organiser les images entre elles. Elles ne sont jamais gratuites, elles portent du sens. À chaque nouveau projet, le protocole change. Par exemple, pour D’autres jours, réalisé sur Tumblr en 2014-15, j’ai publié chaque jour une image faite le même jour, mais une des années passées. Ainsi, le 26 novembre 2015, j’ai publié une image faite le 26 novembre 2006. Chaque image apparaissait avec un retard d’1, 2, 3, jusqu’à 10 ans, mais exactement à la même date, comme une commémoration. C’était une sorte d’almanach rétrospectif, où le souvenir invoqué était celui d’un micro-événement et non celui d’une bataille ou de la naissance d’un grand homme.

La temporalité semble importante dans votre travail ?

C’est très important pour moi qu’il y ait des dates. Cela situe les images, les ancre dans la réalité d’une expérience commune. C’est un repère très simple, que nous partageons tous. Sur les tirages, elles sont toujours indiquées. Mais il n’y a jamais de chronologie dans les montages et séquences que j’élabore.

Est-ce qu’il y a un souhait de narration de votre part ?

Je donne les éléments pour. Une fois assemblées et séquencées dans une exposition ou un livre, mes images forment des machines à fictions. À chaque spectateur de fabriquer la sienne. Mais ce n’est pas une autofiction car c’est toujours neutre, frontal, descriptif et net, dans une séquence non chronologique.

 

Où sont prises vos photos ?

Toujours dans l’espace public. Jamais dans mon intérieur, ou celui d’autres personnes. Je m’intéresse à ce que nous partageons, ce qui est commun – d’où l’espace public. C’est pour cette raison également que mon travail n’a rien d’un journal intime. Pour moi, la photographie reste le meilleur instrument pour décrire le monde.

 

Est-ce encore nécessaire de produire des images à notre époque où il y en a peut-être déjà trop ?

Continuer aujourd’hui à faire des photos implique de penser que le monde change à chaque instant. Sinon, cela n’aurait aucun sens, en effet. Ce matin, en cours, je parlais justement de cela. On sait très bien à quoi ressemble une photo d’arbre ; en produire encore nécessite de croire qu’un arbre n’est jamais le même. C’est le rapport au temps qui m’intéresse, d’où les questions de retard et la nécessité d’ajouter une date – sur Instagram également, d’ailleurs.

Que pensez-vous de l’amateurisme dans la photographie ? Par exemple, cette envie perpétuelle de prendre les fleurs, les animaux, le coucher du soleil ?

Il n’y a pas de hiérarchie entre les sujets. Tout peut faire image. Le paysage, le portrait, tous ces genres, y compris ceux de la photographie amateur sont importants car ils constituent une culture visuelle extrêmement vivante. Ce sont des genres que je réinvestis de façon indifférenciée. Même si j’ai fait une école d’art, je viens d’abord de la pratique amateur. Comme beaucoup de personnes, j’ai appris la photographie en famille. Un de mes oncles m’a transmis sa passion. Il avait une pratique photographique de loisir, simple, mais sérieuse, avec une certaine exigence.

Que faites-vous de votre stock d’images ?

J’en ai plus de 3 500, sans compter toutes celles que je n’ai pas encore travaillées, faute de temps. C’est le matériau pour les projets à venir. Elles sont imprimées avec leur date, classées dans des boites. Puis elles prennent un jour place dans une réalisation, puis une autre, et ainsi de suite. Elles sont appelées à se multiplier. Chacune peut à la fois exister dans des ensembles et être autonome. C’est un peu comme les mots d’un dictionnaire : on peut les utiliser pour construire des phrases ou écrire un roman-fleuve, mais chacun possède son autonomie.

Vous photographiez aussi des mots. Pourriez-vous nous en parler ?

Je photographie souvent des inscriptions dans l’espace public. Isolés de leur contexte, ils deviennent abstraits. Mais je choisis lesquels, bien sûr ! Par exemple, je ne photographierais jamais le « Orange » de la marque, parce qu’il est très reconnaissable, immédiatement associé à la téléphonie et à tout un champ socio-économique. Le sens en est captif, il n’y a plus aucune possibilité d’abstraction.

Vous n’avez donc jamais été tenté par la photographie sensationnelle ?

Je n’y crois pas, parce que la photographie, c’est quelque chose de très pauvre et de très plat. Ce sont de petites images. Enfant, je collectionnais les timbres ; je passais des heures à les classer et à les réagencer. Aujourd’hui, c’est moi qui fais les images et je les associe de toutes les façons qui portent du sens pour moi, comme je le faisais avec mes timbres.

 

Qu’est-ce que vous collectionnez en dehors des photographies ?

J’ai beaucoup de livres d’artistes, des années 1960 à nos jours. Ils sont rangés, classés par format, accessibles. Ce sont à la fois des œuvres et des outils de travail.

 

Pourquoi avez-vous accepté cette vente aux enchères ?

Ça allait de soi, la question ne s’est pas même posée.

 

Justement, quelle est la destination de l’art pour vous ?

Il n’a pas d’utilité au sens fonctionnel, mais il permet d’élaborer une pensée sur le monde – une pensée qui ne passe pas par des mots mais par des formes.

 

Que se passe-t-il si l’on reposte vos photos ?

Dès que mes photos apparaissent sur Instagram ou Tumblr, elles peuvent être repostées, ou réutilisées. Ce n’est pas un problème pour moi, mais ce n’est alors plus mon travail. Buren ne considère pas comme son travail toutes les bandes qui mesurent 8,7 cm de large ! Je reste l’auteur des photos que je ne fais pas apparaître moi-même, mais ces utilisations-là ne font pas partie de mon travail – du moins jusqu’à tant que j’en décide autrement.

 

Si je comprends bien, la prise de la photo ne suffirait pas à faire exister une image ?

Je considère que mes images n’existent pas tant qu’elles ne se sont pas coulées dans une forme d’apparition. Chacune peut ensuite apparaître dans différents contextes, seule (un format, une technique de tirage, un cadre, etc.), ou avec d’autres (une exposition, un livre, un site internet…).

Encore une fois, l’image est plate et pauvre, elle est sans matériau. Mais ce qui fait sa pauvreté fait aussi sa force ; étant immatérielle, elle est très fluide. Elle peut se transmettre immédiatement, et se fixer sur n’importe quel support. C’est la différence avec la peinture qui ne peut pas le faire ; elle n’apparaît qu’à un seul endroit, figée et définitive, attachée à un seul support. Les images ont une vie beaucoup plus riche, en mutation constante, y compris d’ailleurs les photographies faites à partir de peintures.

Que pensez-vous de la réalité virtuelle ?

Pour l’instant, le monde me suffit. Il est suffisamment complexe pour m’occuper. Et puis, j’ai toujours pensé que ce que je peux voir est plus intéressant que ce que je peux imaginer.

Globalement, vos images sont « pop », non ?

Parce que le monde est très pop ! Mais dans ce que je photographie, il y a aussi beaucoup de ruines, de choses cabossées, patinées, qui ont vécu. À chaque fois, il y a plusieurs couches, certaines immédiates, d’autres plus profondes. J’essaie de faire en sorte que ce que je produis ne s’épuise pas en trois secondes… ! Cependant, il n’y a jamais de dérision dans mes images, cela ne m’intéresse absolument pas.

 

Il vous arrive d’enlever des images sur votre Instagram ?

Non, ce qui est fait est fait. C’est la règle du jeu, des choix rapides, sur lesquels je ne reviens pas. Avec le temps, je pense que ce travail prendra de l’épaisseur. Le blog sur Tumblr a duré deux ans, soit 730 images, toujours en ligne. L’ensemble sera réuni prochainement dans un livre en deux volumes, avec un cahier de textes – une façon de clore une période.

Delay Included (Instagram) : @pierrelin_renie

http://pierrelinrenie-dautresjours.tumblr.com

http://pierrelinrenie.bigcartel.com

Café New york - pierre Lin Renié
Cette photo de l’artiste Pierre-Lin Renié sera proposée à la vente aux enchères ce dimanche 26 novembre 2017.

J’enchéris !

« L’art doit avoir cette vertu cathartique. »

 

2017 MAURICE 02
Portrait de l’artiste Maurice Renoma.

Pourquoi avez-vous accepté de participer à l’Enchère Pop ? 

Maurice Renoma : Il n’y a pas de raison particulière, le Secours Populaire m’a demandé si je pouvais participer et j’ai dit oui. C’est important de contribuer au bien-être social : si je peux le faire avec une de mes photos, ça me fait d’autant plus plaisir que l’art doit avoir cette vertu cathartique. 

Avez-vous une anecdote à nous raconter autour de l’oeuvre ? 

Cette photographie a reçu des critiques de personnes qui ne sont pas ouvertes d’esprit, qui la trouvait trop « homo ». Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Je leur ai expliqué que j’ai pris une photo de deux hommes de dos qui marchent dans une rue à Miami : ma vision a transformé cette réalité en quelque chose de plus universel, c’est devenu un couple d’amants ou d’amis, un père et un fils, ou peut-être encore deux filles androgynes … qui marchent vers une sorte d’infini.

Lire la suite

« Qu’il n’y ait plus besoin du Secours populaire… », Nicolas Hosteing.

Atlas N° 1 Paris banlieue - Nicolas HOSTEING
L’oeuvre de Nicolas Hosteing sera vendue aux enchères le dimanche 26 novembre 2017.

Pourquoi avez-vous accepté de participer à L’enchère Pop ? 

Parce que le mail d’invitation à participer disait: « Les bénéfices de cette vente aux enchères seront utilisés afin d’aider des personnes en difficulté à accéder à la culture ou encore à participer à des voyages culturels ».

     Avez-vous une anecdote à nous raconter autour de l’œuvre ? 

C’est la première à être extraite d’Atlas, une oeuvre que je développe comme un journal tenu sur internet et dont la transcription physique passe par un ensemble croissant d’oeuvres plastiques et d’éditions.

Lire la suite

« Chaque forme couchée sur la feuille ramène à un souvenir », Anthea Lubat

Ataraxie - Anthéa Lubat
Ce dessin de Anthéa Lubat sera présenté à la vente aux enchères du 26 novembre 2017.

 Pourquoi avez-vous accepté de participer à L’enchère Pop ?

Je n’ai personnellement jamais participé à une vente aux enchères, d’art ou autre, ni en tant que spectateur et encore moins en y proposant une pièce à vendre. J’ai en premier lieu été intriguée et curieuse par le projet de l’Enchère Pop. Même si je ne connais pas l’ensembles de ses actions, j’ai été sensibilisée à l’association du Secours Populaire depuis mon enfance. En m’y intéressant de plus près, l’idée d’une vente solidaire en faveur de l’accès à la culture m’a plu, j’ai de suite adhéré. C’est une réflexion d’actualité, qui questionne l’art et la culture d’aujourd’hui, et, d’une façon plus générale, nous renseigne sur l’évolution possible des mentalités. J’ai beaucoup aimé aussi que ce projet soit le fruit d’une collaboration avec les étudiants de l’Icart de Bordeaux : j’ai eu la chance de participer à l’élaboration d’un projet à grande échelle étant étudiante, ça a été une excellente formation pour moi que de se confronter au vaste terrain de la réalité.

Avez-vous une anecdote à nous raconter autour de l’œuvre ?

Le fil conducteur de projet de l’Enchère Pop 2017 était au départ la solidarité dans l’Europe. Nous avons tous eu le choix de nous approprier ce thème ou non pour l’oeuvre donnée au Secours Populaire. Riche en interprétations possibles, autant un concept d’ordres culturel, politique, économique, social, qu’un continent aux frontières géographiques, j’ai tenu à partir de l’idée de l’Europe pour construire mon dessin. Après quelques recherches, j’ai eu envie d’adapter la composition des formes et des techniques de la pièce proposée à L’Enchère’ Pop en interprétant une carte géographiques de l’Europe : chacune des différentes matières utilisées pour le dessin « Ataraxie » est représentée par un pays, le vide autour, les mers qui les entourent. Dans mon travail, je considère les éléments dessinés sur la feuille – qui composent un même dessin – en tant qu’expression de la mixité, dans la rencontre des différences : la diversité inhérente à l’Europe et la composition de son territoire a été mon point de départ pour ce dessin.

Lire la suite

Les villes grouillantes de Vincent Vallade.

Cellules Macroscopiques-vitrine galerie Rezdechaussée
L’oeuvre de Vincent Vallade sera présentée à la vente aux enchères du Dimanche 26 novembre 2017.

Quelques questions à ce jeune artiste bordelais qui a fait le don de l’une de ses oeuvres sur verre. L’occasion d’en savoir un peu plus sur les oeuvres de Vincent Vallade pensées comme des villes dont l’espace est en permanence grouillant.

Pourquoi avez-vous accepté de participer à L’enchère Pop ?

Le Secours Populaire est une belle association humaniste, c’est pourquoi j’ai plaisir à apporter ma contribution à son action.

Avez-vous une anecdote à nous raconter autour de l’œuvre ?

C’est une image que j’ai cherchée, capturée, retouchée. Cependant j’ai du là garder assez longtemps en réserve avant de trouver la façon de l’utiliser. Dans ces cas, je parle d’œuvres à activer…

Lire la suite

Laurent Lacotte rêve des sapeurs pompiers

laurent_lacotte-smoking_area-image_complementaire
Photographie du chien de l’artiste durant la réalisation de l’oeuvre. Copyright : Laurent Lacotte.

Comment êtes-vous devenu(e) artiste ?

En tombant amoureux d’une jeune femme qui tentait les concours d’entrée aux Beaux-Arts. Je l’ai suivi.

Dans quel contexte cette oeuvre a été réalisée ?

En 2015, un incendie à ravagé 550 hectares de forêt près de Bordeaux. Au cœur de la forêt incendiée, le lendemain du passage des flammes, j’ai recouvert des souches d’arbres calcinés de draps de lins. Ces tissus ont été récupérés dans une maison de famille laissée à l’abandon après le décès de ses occupants.

Une double charge mémorielle est ainsi convoquée par l’apparition des fantômes blancs se dessinant dans ce paysage chaotique :

Lire la suite

« Utiliser les tags pour créer une oeuvre esthétique et positive » A-MO.

Oeil de crocodile - A-Mo

L’oeil du crocodile de A-MO passera en vente aux enchères le dimanche 26 novembre 2017 sous le marteau de maître Millon.

L’artiste A-MO a réalisé une oeuvre d’art spécialement pour la vente aux enchères au profit du Secours Populaire. Une démarche évidente pour un artiste qui place l’humain au centre du propos. L’occasion de revenir sur son travail et sa vision personnelle du tag. 

Pourquoi avez-vous accepté de participer à L’enchère Pop ?

J’aime mettre l’humain au coeur de mon travail. J’aime travailler avec un public hétéroclite, partager avec le plus grand nombre et le Secours Populaire place justement l’aspect humain au premier plan. C’est un honneur de pouvoir participer à un tel évènement. 

Par qui rêveriez-vous que votre oeuvre soit achetée ?

Un passionné. Je veux dire par là, quelqu’un qui achètera cette oeuvre en étant animé par quelque chose. Lire la suite